Les coûts et bénéfices de l'action publique
Les dérives pénales et financières de l'action publique
Les formes de mal-administration publique
Le nouveau modèle de développement


1 Les révolutions tranquilles, murmures d’un autre monde

Auteur d’Un million de révolutions tranquilles 1, Bénédicte Manier signe un livre plein d’espoir.

Une source de jouvence autant que d’inspirations. Car cet inventaire d’initiatives économiques au service de la communauté, menées par des gens souvent pauvres et non éduqués, fourmille d’exemples sur l’habitat, la santé, l’environnement, le travail, l’argent. Cet autre monde est celui de milliers d’individus ou de groupes, qui de manière discrète ont pris en main leur économie en redécouvrant des savoir-faire locaux ou en inventant des solutions inédites. Bénédicte Manier parle d’ « autogouvernance citoyenne ».

Coopératives de productions, réseaux autogérés, plates-formes internet d’échanges, habitats solidaires, épiceries collectives, fermes bio, ateliers de réparation citoyens, les modèles de micro-économie se répandent partout dans le monde de manière autonome. «  Ils constituent un puissant outil de redistribution sociale qui résiste mieux aux crises que les autres » souligne Bénédicte Manier.

Circuits-courts de distribution de produits agricoles, slow attitude, tendance lourde de décélération et de recherche de qualité qui touche notamment l’alimentaire (slow food) afin de retrouver le goût des bonnes choses en consommant localement, teikei japonais permettant de regrouper les achats en direct, commerces locaux en copropriété citoyenne, ces coopératives sont en train de révolutionner le développement local. Ces pionniers de nouveaux modes de vie déploient leurs solutions dans tous les domaines. Ils ouvrent des cliniques gratuites, créent des micro-banques, s’organisent pour créer une épargne éthique. Ils échangent des biens, partagent des services et des savoirs, font «  tourner «  leur communauté en utilisant les énergies renouvelables.

Partager, troquer, recycler, ces activités ne se limitent pas aux biens matériels, elles se développent dans les services : co-voiturage, services participatifs de location d’outils, guides touristiques désintéressés, systèmes d’échanges locaux, crédits temps accordés aux plus âgés, réseaux d’apprentissage mutuels, vide-greniers gratuits, cette révolution tranquille favorise une économie de la « simplicité volontaire », de la « sobriété choisie », du don contre don ou du pair à pair.
Et déjà l’agriculture alimentaire et les jardins potagers s’installent dans les villes, à l’initiative d’habitants volontaires qui profitent des friches industrielles et des terrains vagues pour y faire pousser fruits et légumes. Le combat est clairement affiché : agriculture durable, préservation de la biodiversité, économie d’énergie. Des milliers de petites révolutions énergétiques locales se développent avec pour mot clé commun : « autonomie ». Les solars sisters, ces ingénieures aux pieds nus, formées par le Barefoot Collège en Inde, fabriquent des lampes solaires écologiques et pas chères, puis transmettent à leur tour leur savoir à d’autres femmes. Un vaste programme d’éoliennes, de panneaux solaires et de digesteurs de biogaz a été mis en œuvre au Népal

« Le monde nouveau est en train d’émerger, à l’échelle du micro », souligne le philosophe Patrick Viveret, en conclusion de l’ouvrage (lequel ?)
L’inventivité et la diversité de ces nouvelles formes d’échanges et ces nouveaux modes production et de consommation distillent cependant une nouvelle culture plus responsable face aux enjeux de développement durable. A l’individualisme exacerbé et au capitalisme arrogant se substitue une prise de conscience collective de l’efficacité de solutions, alternatives au modèle dominant, et le développement de nouvelles formes de solidarité.

Des dispositifs favorables à ce type d’initiatives ont été réfléchis dans nos sociétés occidentalisées, notamment en France. Mais ils sont peu appliqués.
Pourtant, plusieurs actions innovantes sont déjà mises en œuvre en France comme ailleurs dans le monde en dehors de communautés souvent pauvres et non éduqués dont nous venons de parler.
Créée il y a dix ans, l’Association pour la valorisation des initiatives socio-économiques (AVISE) est à titre d’exemple un centre de ressources et d’ingénierie pour le développement de l’économie sociale et solidaire (ESS). L’AVISE a ainsi mis en place « la Fabrique à initiatives » qui est un dispositif visant à faire émerger des innovations. Dans le cadre d’un projet de rénovation d’une zone d’activités économiques, une collectivité locale a l’opportunité de créer un restaurant inter-entreprises d’insertion afin de concilier un objectif d’emploi et un objectif social. Une étude de faisabilité doit donc être menée afin de déterminer la pertinence et la pérennité du projet. Toutefois, sur les territoires, l’acteur en mesure de réaliser cette étude n’est pas toujours présent. « La Fabrique à initiatives » a dès lors vocation à jouer ce maillon manquant. Ainsi, « la Fabrique à initiatives » repère les besoins existants sur les territoires, identifie le porteur du projet et valide les opportunités pour mettre en place un processus d’accompagnement à la création de nouvelles entreprises sociales.

Après trois ans d’expérimentation, « la Fabrique à initiatives » a permis la création de 24 entreprises et est devenue un levier de diffusion des innovations sociales. Dans l’agglomération de Sénart par exemple, une coopérative d’auto-construction d’habitations écologiques a été mise en place pour répondre à des besoins d’accès au logement. Une quinzaine de maisons devraient ainsi voir le jour.

Le deuxième projet développé par AVISE est « Val Bio Centre » qui regroupe 35 producteurs de fruits et légumes biologiques en partenariat avec un lycée agricole et des structures d’insertion. Malgré une période de croissance du marché du bio, les petites exploitations rencontrent des difficultés à trouver des débouchés et atteindre un certain seuil de rentabilité. Les producteurs se sont donc associés pour créer une marque commune, « Les Paniers du Val de Loire ». Le lycée agricole est devenu une zone de test pour les agriculteurs tandis que les structures d’insertion économique assurent la partie distribution du projet. Cette organisation pluri-partenaires représente une innovation d’organisation ; le métier reste le même. Ce projet a permis de conserver les emplois agricoles, de répondre à la demande en bio et de réaliser une mission d’insertion. Actuellement, le nombre de producteurs s’accélère. La viabilité économique du projet est démontrée par la création de 4,5 emplois en équivalent temps plein et la sécurisation des débouchés.

De son côté, Ouishare est une communauté ouverte d’entrepreneurs dédiée à l’économie collaborative, le passage de la logique propriétaire à la logique d’accès s’étendant progressivement avec la création de nombreux autres modèles collaboratifs dans des domaines aussi variés que la finance (Kickstarter, Kisskissbankbank), l’éducation (Coursera, Udacity) ou la production de biens (Wikispeed, Protei)..

Plusieurs raisons expliquent cet essor permis par le développement de la technologie :

  • le coût moins élevé de l’accès par rapport à la propriété ;
  • le besoin de développer un nouveau lien social ;
  • la nécessité de répondre à des préoccupations environnementales grandissantes ;

Les études montrent cependant que les raisons financières sont le premier facteur déterminant dans l’utilisation de ce type de service avant l’environnement et la dimension sociale.

Le travail de Ouishare consiste à faire connaître ces nouveaux systèmes collaboratifs et à faire évoluer la loi dans le sens des bonnes pratiques. Ouishare est une communauté internationale, créée sur Facebook en 2012 qui fonctionne par pays et par thématique. L’importance de rencontrer les personnes dans la vraie et d’être en permanente évolution sont au cœur du projet de Ouishare. Depuis sa création, 40 rencontres ont eu lieu dans 25 villes de France, l’événement Ouishare Fest à Paris a réuni plus de 3 000 visiteurs.

Le problème de la confiance est décisif pour l’économie collaborative. La mise en place d’une traçabilité de l’expérience des individus est nécessaire pour créer un climat de confiance et garantir un système de qualité.

De l’innovation sociale au design des politiques publiques
L’innovation sociale

L’innovation sociale désigne ainsi un ensemble de stratégies, de concepts, d’idées et de formes d’organisations qui cherchent à étendre et renforcer le rôle de la société civile dans la réponse à la diversité des besoins sociaux (éducation, culture, santé…). Dans ce vaste creuset, le terme désigne à la fois des techniques et processus d’innovation et des innovations elles-mêmes (comme le micro-crédit, l’apprentissage à distance…) ainsi que tout le champ d’action que cette innovation recouvre : entreprenariat salarial, mouvement coopératif, et plus généralement l’économie sociale et solidaire, comme on l’appelle plus traditionnellement en France ; un terme qui désigne à la fois les organisations qui jouent ce rôle et les processus qui expérimentent de nouveaux « modèles » de fonctionnement de l’économie (comme le commerce équitable ou l’insertion par l’activité économique). Le périmètre de l’innovation sociale est à la fois plus vaste et plus précis que celui de la démocratie participative à la française, qui concerne surtout le moment de la décision politique.

L’innovation sociale est une question de posture qui consiste à « décaler » les regards, à changer l’angle de vue, un mode de pensée qui met l’accent sur la personnalisation et la co-création, l’individu étant réinvesti dans sa capacité à agir sur son environnement, l’usager étant appelé à trouver des solutions pertinentes et alternatives pour co-créer les biens et services collectifs au lieu d’en être un simple consommateur afin de répondre à des enjeux complexes liés à la combinaison de la crise écologique et sanitaire, du vieillissement des populations, de la contraction des moyens d’action.. L’idée qui sous-tend l’innovation sociale est d’autonomiser l’individu tout en renforçant le lien social, en mettant l’accent sur l’analyse des comportements pour mieux y répondre. L’implication des usagers n’est donc pas un alibi participatif mais il est au cœur de la transformation.

Il s’agit également d’agir de façon urgente sans céder à la tyrannie de l’immédiateté tout en inscrivant l’action dans le long terme. L’objectif étant de répondre avec sobriété aux besoins essentiels des citoyens tout en pensant aux générations futures.

L’innovation est donc à la croisée de plusieurs enjeux primordiaux et est portée par plusieurs valeurs essentielles révélatrices d’un véritable renversement :

  • pensée cloisonnée à pensée systémique ;
  • excellence à tâtonnement et artisanat ;
  • disciplines en silos à compétences et pluridisciplinarité ;
  • trouver LA solution à logique itérative d’essai-erreur (expérimentation) ;
  • management par la performance à co-construction ;
  • externalisation des savoir-faire à mise en capacité ;
  • réfléchir avant de faire à faire pour réfléchir ;
  • boîte noire méthodologique à récit du processus ;
  • évaluation à postériori à amélioration continue.

L’innovation procède à l’évidence d’une autre logique, une logique de co-création, de flux et de mise en capacité de chacun à produire des réponses alternatives s’appuyant sur la prise de conscience, le courage, l’audace, l’empathie, l’équité, la collaboration des parties-prenantes.

L’engagement des politiques, jouant un rôle de défricheur, de régulateur, d’animateur, de coordinateur ou encore de pacificateur, est cependant indispensable car la transformation commence par des décisions politiques. L’innovation sociale vient ensuite en appui pour imaginer des solutions créatives afin de basculer vers un changement culturel. L’engagement des politiques en se reliant aux usagers permet dès lors d’élargir l’échelle de l’engagement pour opérer la transition vers une société durable.

La fabrique alternative des politiques publiques, via des procédés d’innovation, part ainsi des besoins et des usages, des enjeux à relever afin de dégager des solutions nouvelles, qui sont expérimentées et évaluées, avant d’être modélisées, prototypées, médiatisées, mises à l’agenda, réajustées si besoin puis mise à l’échelle et généralisées. Cette méthode, au plus près des besoins et des réalités du terrain, qui met sans conteste l’usager au cœur d’une nouvelle stratégie de co-construction des politiques publiques locales, permet de repenser des services plus efficaces et moins coûteux, incite à trouver une alternative au modèle de coupe budgétaire des services publics auxquels nous allons tous être soumis dans les prochaines années. Cette méthode permet aussi d’assurer la cohérence de l’action publique et de construire de la confiance avec les utilisateurs de manière à ce qu’ils s’approprient la chose publique et participent au développement durable de notre société. Le progrès social étant fondé sur la stimulation de l’imagination dans toutes les strates de la société.

Au-delà de l’innovation sociale qui témoigne d’une nouvelle posture, nous observons déjà depuis quelques temps l’émergence, au sein des administrations, de démarches innovantes liées au design des politiques publiques.

Le design des politiques publiques
Inspiré notamment des travaux du Mindlab – laboratoire de l’innovation publique danois financé par trois ministères de tutelle (Economie, Emploi, Education) qui confronte les politiques publiques au regard d’artistes, de chercheurs, d’anthropologues, de sociologues et de designers – la 27e région est en France très active dans le domaine de la co-conception des politiques publiques, autrement dit le design des politiques publiques.

Première initiative de ce type en France, la 27e Région explore de nouvelles façons d’améliorer la conception et la mise en œuvre des politiques publiques. En partenariat avec les Régions, elle met en œuvre des programmes de recherche-action, pour lesquels elle mobilise des méthodes issues des sciences humaines, du design de services et de l’innovation sociale. Initiée par l’Association des Régions de France, elle opère d’ores-et-déjà sur le terrain dans la moitié des régions.
A terme, l’objectif de la 27e Région est d’aider chaque Région à créer sa propre fonction de recherche-action.
La 27e Région fait partie d’un réseau d’initiatives similaires en Europe et dans le monde, comme le Mindlab (DK), le SILK (GB), le Public Policy Lab (USA), le Design Lab (FIN).

Son nouveau programme, la Transfo, a reçu en 2011 les Victoires des Acteurs Publics à l’Assemblée nationale, et le Design Europe Management Award à Tallinn (Estonie).

Née d’une réflexion collective, qui a accompagné et suivi la rédaction de l’ouvrage Le défi numérique des territoires – Réinventer l’action publique, publié en mars 2007 aux Editions Autrement, la 27e Région fonde son travail sur trois hypothèses :

  • Les technologies sont à la fois remède et poison comme l’indique le philosophe Bernard Stiegler : selon l’usage que l’on en fait, les techniques et les technologies peuvent soit créer de la valeur (sociale, démocratique, citoyenne), soit en détruire. Le rôle des acteurs publics est de contribuer à ce qu’elles en créent plus qu’elles n’en détruisent.
  • Le « Nouveau management public »  arrive en fin de cycle : cette culture de gestion inventée dans l’après-guerre pour développer la performance des services publics n’a pas produit les résultats escomptés. Il faut inventer autre chose.
  • L’innovation sociale transforme les politiques publiques : l’innovation « par les gens pour les gens » n’est pas sans impact sur la façon dont les acteurs publiques doivent considérer les populations, totalement différentes d’il y a trente ou quarante ans. L’expertise des utilisateurs, la capacité des habitants à s’organiser eux-mêmes, les cultures ouvertes et latérales propulsées par le numérique ont des conséquences majeures sur les acteurs publics, qui doivent repenser radicalement la façon dont ils conçoivent et mettent en œuvre les politiques publiques. La 27e Région est une réponse à ce besoin de créer de nouveaux espaces d’exploration et d’action pour transformer les politiques publiques.

L’apport structurant du design (en particulier le design de services, le design social, ou encore le design thinking) est sans aucun doute essentiel dans la résolution d’une grande diversité d’enjeux auxquels nos sociétés sont confrontées. Le design possède le potentiel pour améliorer la conception des politiques publiques, et pour produire des solutions qui créent de la valeur pour les citoyens comme pour les organisations. Fondé sur une meilleure compréhension des usages, il peut intervenir en profondeur, à tous les rouages où les services publics montrent des défaillances : accès aux droits économiques et sociaux, systèmes d’information, d’orientation et d’emploi, gouvernance et coopération entre acteurs...

L’usage du design appliqué au secteur public, c’est donc bien plus que l’apport de nouvelles méthodes d’innovation dans l’élaboration des politiques publiques. C’est une vision radicalement nouvelle du rôle et du comportement des acteurs publics, et de leur rapport au citoyen et à la Cité. Combiné aux sciences humaines, aux technologies et aux arts, le design possède le potentiel pour transformer en profondeur nos administrations et adapter leurs moyens d’action aux enjeux d’aujourd’hui.

Vingt après les premières expériences du pionnier américain IDEO, les initiatives se multiplient d’ailleurs dans le monde entier pour mettre à profit les principes du design de service et de l’innovation sociale au cœur des organisations publiques. Elles sont prises par des agences publiques et privées, des organismes gouvernementaux, des collectivités, des laboratoires d’idées (think tanks) et des laboratoires d’actions (do tanks), des individus et des collectifs de toute sorte. Elles concernent toutes les échelles – de la petite commune au gouvernement en passant par les instances internationales – et couvrent tout le spectre des politiques publiques : économie, emploi, éducation, social, santé, environnement, culture, transports, etc.

Douze cas significatifs, rassemblés par la 27e Région, visent à rendre compte d’une grande diversité de secteurs, d’origine française mais aussi danoise, britannique ou finlandaise : certains illustrent la capacité du design à ré-interroger nos politiques sociales et familiales traditionnelles, d’autres à traiter des enjeux nouveaux ; certaines réalisations visent plutôt à transformer de l’intérieur les pratiques de nos institutions telles que « l’environnement de travail de l’élu », « La Région 15-28 », « L’Echantillonneur de lycée », tandis que d’autres s’attachent à changer leur rapport aux territoires et aux citoyens (« Prendre soin de ses contribuables », « Le réseaux des entrepreneurs danois »). Leur point commun réside dans leur capacité à changer les regards entre les protagonistes, et à produire des solutions pragmatiques, à un coût généralement inférieur à la fois pour les finances publiques, mais aussi pour la société

Le design a l’avantage de rendre « visible » et donc « lisible » un service, « de lui donner réellement corps et d’en favoriser ainsi l’appropriation » mais également, en amont du processus de création, de décrypter les usages comme le souligne Brigitte Peudupin, adjointe au maire de La Rochelle.

Le design en résidence : la Transfo, le nouveau programme de la 27e Région.
Par ailleurs, en décembre 2013 dernier, la Ministre de la réforme de l’Etat, de la Décentralisation et de la Fonction publique, a annoncé le lancement du programme « Futurs publics », le laboratoire d’innovations de l’Etat, qui érige la co-construction comme une des méthodes d’élaboration des politiques publiques.

Le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP), en partenariat avec la 27e région, avait réuni, en avril dernier, 80 experts de l’innovation, de la modernisation et de la prospective provenant de ministères, de laboratoires de recherche, d’établissements publics, d’organisations internationales, d’instituts de formation, d’écoles d’administration, d’écoles de design, de laboratoires d’actions, de conseils régionaux de départements ou d’agglomérations, lors d'un Labo public éphémère, à l'école nationale supérieure de création industrielle afin de préfigurer la création de ce futur laboratoire d’innovation publique et d’en dessiner les contours.

Initiative inédite en France, inspirée de l’expérience étrangère la plus aboutie, celle du Mindlab au Danemark, le programme « Futurs Publics » doit permettre aux administrations d’être plus ingénieuses dans les solutions imaginées, plus réactives dans leur fonctionnement, plus entreprenantes dans leurs modes de travail, plus flexibles dans la mobilisation des compétences et des expertises, plus ouvertes sur leurs partenaires et plus rapides dans la mise à disposition de nouveaux services pour les usagers.

« Futurs Publics » offre ainsi un cadre de coopération et de mobilisation de ressources pour remplir deux missions complémentaires :

  • imaginer, engager et rendre possibles des transformations significatives de l’action publique. Il s’agit d’expérimenter et de tester dans les territoires des solutions nouvelles « en mode laboratoire » pour changer concrètement et durablement la vie des Français et améliorer le fonctionnement des administrations.
  • promouvoir l’esprit d’innovation auprès de l’ensemble des acteurs de l’action publique. L’objectif est de créer un écosystème favorable pour l’innovation publique, via le développement de formations à l’innovation, l’animation d’une communauté des praticiens de l’innovation, un travail renforcé avec le monde de la recherche sur la nouvelle gestion publique.

Le Secrétariat Général pour la Modernisation de l’Action Publique (SGMAP) sera chargé de piloter les activités du programme « Futurs Publics »  en coopération avec les services de l’Etat, les collectivités et les opérateurs.

III L’acupuncture régionale

Pour qu’une société se mette en mouvement, la prise de conscience qu’il faut changer est donc essentielle, mais à elle seule, elle crée de l’impuissance et le risque d’un discours catastrophiste. Il faut également une vision claire de l’évolution à conduire, un imaginaire commun de la situation à atteindre, ce qui fait souvent défaut. Il faut dépasser aussi la culture des référentiels en opérant une transition du think thank au do thank, autrement dit de la réflexion à l’action. Il faut ensuite des alliés car aucun changement véritable, celui conduit de l’intérieur, ne peut-être mené de façon solitaire. Il faut passer des alliances et construire des réseaux, si l’on souhaite vraiment porter ces enjeux au niveau du pouvoir. Il faut enfin définir des premier pas, transformer une première étape, « partir du nécessaire pour apporter notre toute première pierre à des défis mondiaux » . La notion « d’acupuncture régionale », proposée par le designer François Jegou , a pour but de métaphoriser le fait qu’un changement au niveau macro peut passer par l’activation de plusieurs points répartis dans le territoire selon une stratégie bien définie. L’action est alors vue comme une onde se propageant dans un milieu, et les priorités sont pensées en fonction des modifications qu’elles apportent à un métabolisme. Car ce n’est pas le micro-projet qui est important mais le système en articulant une stratégie à une politique publique. Il faut activer des micro-projets non par pour eux-mêmes, mais dans le but de créer un changement systémique.

Pour une citoyenneté active… en guise de conclusion

La prise de conscience des défis sociétaux, l’appropriation de valeurs communes qui président à l’activité de chacun, activité elle-même liée aux exigences d’intérêt général au regard des enjeux de développement durable, l’importance accordée au sens de la responsabilité et de l’engagement dans un nouvel état du monde où il faut penser local et agir global tout autant que « penser global et agir local », la reconnaissance du pouvoir d’agir de chaque individu et la mise en place d’un contexte favorable à sa « capacitation », le renouvellement des postures de tous, fonctionnaire comme élu, dans un esprit de confiance, d’empathie, dans la volonté d’une co-création des politiques publiques territoriales, d’une transition vers une société écologiquement soutenable et socialement juste participent de la construction d’une citoyenneté active où le processus doit être au cœur d’un changement systémique.

Notre époque est cruciale, voire sinon formidable tout au moins stimulante: à nous de tous de faire preuve de responsabilité, d’engagement, de créativité et d’imagination pour construire un monde plus soutenable pour les générations futures où la question humaine devra demeurer centrale.


1 Un million de révolutions tranquilles, Editions Les liens qui libèrent, Novembre 2012.
 

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