Les coûts et bénéfices de l'action publique
Les dérives pénales et financières de l'action publique
Les formes de mal-administration publique
Le nouveau modèle de développement


1. Les légitimités ordinaires

La mobilisation de chacun doit, en effet, être cultivée et encouragée. Elle suppose le respect de ce qu’Hélène Hatzfeld, politologue française (représentante du département de la recherche, de l’enseignement supérieur et de la technologie au ministère de la Culture et de la Communication dans le Groupement d’intérêt scientifique Institutions Patrimoniales et Pratiques Interculturelles), appelle les « légitimités ordinaires » dans son dernier ouvrage Les légitimités ordinaires – Au nom de quoi devrions-nous nous taire ? . Ces légitimités ne sont ni politiques, ni expertes, ce sont celles d’habitants ou de groupes qui, à propos notamment de projets d’urbanisme, se réclament de leur expérience quotidienne, de leur « compétence d’usage », revendiquent une légitimité et mettent en question celle des autorités auxquelles ils se confrontent. Hélène Hatzfeld voit dans cette redistribution des cartes une épreuve pour le politique, mais aussi une richesse où il pourrait trouver matière à enrichissement.

De son côté les recherches de Jacques Yon, sociologue, directeur de recherche au CNRS, présentées notamment dans son dernier ouvrage S’engager dans une société d’individus , montrent que l’écart se creuse entre les transformations de l’engagement, d’une part, à un moment néanmoins où l’intérêt pour la chose publique n’a jamais été autant partagée, et la professionnalisation de la politique, d’autre part. Or, « c’est souvent dans l’ordinaire de l’action, à travers la contestation d’un plan d’aménagement, la mise en échec d’une expulsion… que surgit le politique, là où on ne l’attend pas, de la part d’acteurs habituellement invisibles ou réputés sans compétence ». Reste donc à construire les réponses à ces changements de l’engagement afin de faire vivre réellement la citoyenneté.

Dans Eloge du génie créateur de la société civile , Pierre Rabhi expose les motivations profondes qui l’ont poussé, avec ses amis, collaborateurs et collaboratrices, à lancer une campagne parallèle lors de l’échéance électorale française de 2012. Il ne s’agit en aucun cas d’entrer en politique politicienne mais de permettre à tous ceux qui, avec conscience, conviction et détermination, œuvrent concrètement pour un changement bénéfique de la société, d’être enfin entendus. Face aux événements planétaires générateurs de détresse et de violence, il affirme que le temps des consciences éclairées, déterminées, agissantes et tranquilles est venu.

La mobilisation de chacun suppose plus largement le respect des droits fondamentaux de l’homme tout en faisant une place toute particulière à la reconnaissance effective des droits culturels, la qualité du pouvoir dépendant de la qualité des contre-pouvoirs. « Chacun est aussi porteur d’une culture propre, d’une identité singulière, tissé d’appartenances multiples, et c’est en le reconnaissant en tant que personne libre qu’on le mettra en capacité de recevoir, d’échanger, de dialoguer » soutient la Fédération Nationale des Collectivités territoriales pour la Culture qui défend « des politiques culturelles pour les personnes, par les territoires ».

Il s’agit d’« inventer donc, avec tous : avec les personnes pour l’émancipation citoyenne, avec les groupes dans leur diversité pour le partage des différences, avec les collectivités et avec l’Etat pour la cohérence du dialogue territorial et pour l’intérêt général ». « C’est par un travail au long cours que les politiques de la culture peuvent concrètement contribuer significativement, aux côtés des autres politiques publiques, à construire un vivre-ensemble respectueux des personnes. Un vivre-ensemble fondé sur une mise en commun qui s’enrichit des expressions libres des singularités de chacun, [seuls remparts contre] […] les menaces actuelles de standardisation qui pèsent sur les imaginaires partagés ».

2. La diversité culturelle au service du développement soutenable

Il importe donc de développer des services basés sur la diversité des savoir-être et savoir-faire de chacun en vue d’initier des changements durables et bénéfiques pour la société. Plus encore, il s’agit de mettre la diversité culturelle au service du développement soutenable. La Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, adoptée à l’unanimité en 2002, insiste d’ailleurs sur le fait que chaque individu doit reconnaître non seulement l’altérité sous toutes ses formes, mais aussi la pluralité de son identité au sein de sociétés elles-mêmes plurielles. C’est ainsi que peut être préservée la diversité culturelle comme processus évolutif et capacité d’expression, de création et d’innovation.

3. Vers une déclaration universelle des responsabilités humaines

Nous sommes tous responsables de notre siècle, à tous les niveaux, et devons tous être acteurs du changement qui s’impose en nous fondant sur notre « capital » humain et sur des valeurs communes qui transcendent nos différences.

Pierre Calame met d’ailleurs la responsabilité au cœur de l’éthique du XXIe siècle. Il rappelle à juste titre que la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée en 1948 est enracinée dans les valeurs du monde occidental. Or, pour gérer les nouvelles interdépendances mondiales irréversibles entre les sociétés et entre l’humanité et la biosphère, Pierre Calame considère que nous devons nous doter de valeurs communes qui transcendent nos différentes traditions religieuses, philosophiques et culturelles. Au-delà de ces valeurs, nous devons également et surtout prendre la mesure de notre responsabilité face aux nouveaux défis.

En effet, nos valeurs communes doivent être partagées au niveau individuel (il s’agit de la conviction individuelle), puis au sein de chaque société (il s’agit des références de l’action collective) et enfin, au plan mondial (il s’agit des normes internationales). Pour que la société change réellement, aucun niveau n’est plus important que l’autre, ces trois sont également indispensables et se complètent mutuellement.

Et si ce partage de valeurs communes est primordial, c’est parce qu’il participe de la construction de l’esprit de responsabilité, voire d’une co-responsabilité, contrepartie immédiate de l’idée de l’interdépendance. « C’est bien parce que nous avons atteint un nouveau niveau d’interdépendance entre les sociétés, entre l’humanité et la planète que le niveau de conscience de la responsabilité change, se porte au niveau mondial ». La construction de l’esprit de responsabilité, c’est-à-dire la reconnaissance de l’impact de mes actes sur la planète ou sur les autres sociétés et le devoir de répondre de mes actes face aux générations futures, élément fondateur de la citoyenneté, est fondamentale. La responsabilité, contrepartie du pouvoir, de la liberté et de l’interdépendance, doit donc être au cœur de l’éthique du XXIe siècle car seule cette éthique commune et cette prise de conscience nous permettent d’agir sur la réalité de nos interdépendances et d’assurer la transition vers une société durable.

C’est pourquoi, la fondation Charles Léopold Mayer œuvre depuis de nombreuses années dans cette voie, participant au développement de la conscience des responsabilités dans le cœur de chacun et ce dans différentes régions du monde, favorisant la création d’alliances citoyennes internationales – réseaux d’individus ou d’institutions constitués au sein de chaque milieu socioprofessionnel autour de références d’action collective – proposant que soit adoptée par les Nations-Unies une Déclaration universelle des responsabilités humaines, élaborée conjointement avec le réseau international Forum Ethique et Responsabilité, de manière à construire une communauté mondiale consciente d’un destin commun, responsable de ses actes. Jugeant que l’état du droit est dans un état de totale irresponsabilité, la reconnaissance d’une responsabilité universelle permettrait de jeter les bases d’un nouveau droit international. La citoyenneté est, en effet, un équilibre entre droits et responsabilités.

Extrait vidéo 3 de la Conférence de Reuilly de Pierre Calame du 19 février 2013 [Reprenons à la définition traditionnelle de la responsabilité…au cœur de l’éthique contemporaine (…) notre monde est devenu radicalement interdépendant…voilà les cinq figures de la responsabilité]
 

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